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Gentille Annette de Boïeldieu

La musique que vous entendez, jouée depuis 1821 sur les toits de Calais, est l'air de 'Gentille Annette' de Boëldieu, interprété par Michel Hippolyte.

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L'Hôtel de Ville

Cet élégant bâtiment est aujourd’hui emblématique de la ville de Calais. Il est pourtant récent, la première pierre ayant été posée juste avant la première Guerre mondiale et l’inauguration faite en 1925. Son emplacement est symbolique, à égale distance des anciens hôtels de ville de Calais et de Saint-Pierre, et il constitue le trait d’union entre les deux anciennes cités voisines qui venaient de fusionner. L’architecte Debrouwer, qui fera ensuite l’hôtel de ville du Touquet, l’a conçu en style Renaissance flamande. Il présente une décoration soignée, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur. Le beffroi est classé. C’est ici que le capitaine de Gaulle a épousé la Calaisienne Yvonne Vendroux. Dressé sur une place dégagée qui le rend bien visible sous tous les angles, donnant sur un ensemble de jardins fleuris et sur le parc St-Pierre, précédé de la statue des Six Bourgeois de Rodin, il est l’un des monuments les plus photographiés de Calais.
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Les Amis du Vieux Calais

Pas de Calais - France

Calais trouve son origine dans le comblement du golfe de l’Aa et la configuration actuelle du littoral après l’an 1000. La mer s'éloignant de plus en plus des anciens ports – Bourbourg, Bergues, Furnes –il fallut en ouvrir de nouveaux au XIIème Siècle. Dans l’Histoire de Calais, on distingue trois périodes : avant et après les Anglais, et la période anglaise (1347-1558). Les hasards de l’Histoire firent que Calais était aux rois d’Angleterre quand Boulogne et Ardres étaient aux rois de France, et Saint-Omer et Dunkerque aux comtes de Flandre et ducs de Bourgogne. Si Calais a, depuis l’origine, constitué une voie d’échanges privilégiée avec l’Angleterre et reste, depuis les années 1850, le premier port de voyageurs de France, sa fortune industrielle résulte de l’installation de tullistes anglais juste après Waterloo qui lui permirent de devenir, pour un siècle, le premier centre dentellier du monde. Il reste de ces époques divers témoignages, dont les plus emblématiques sont évoqués ci-contre.

Le Fort Nieulay

Fort Nieulay

(Voir aussi : Fort Risban - Fort Rouge)

Quand les Anglais s’emparèrent de Calais, en 1347, seule la ville était entourée de murailles. Pour en renforcer les défenses, Édouard III fit bientôt construire deux ouvrages fortifiés, en avant de la cité : le fort Risban, pour contrôler toute entrée et sortie du port ; et le fort Nieulay, situé au milieu des marécages, sur la seule voie de communication entre Calais et Boulogne. Agrandi au cours des siècles, il présentait la particularité d’être le seul fort-écluse de France. En cas d’arrivée de l’ennemi, il aurait été possible d’inonder l’arrière-pays avec l’eau de mer à marée haute. Sa position et son intérêt stratégiques sautent aux yeux, mais son efficacité ne fut pas à la hauteur des espérances et des ... dépenses : attaqué quatre fois dans son Histoire (1558, 1596, 1940 et 1944), il fut pris les quatre fois en quelques heures seulement.

Le Théâtre de calais

Le Théâtre de calais

Avant la Révolution fut inauguré un théâtre dans une dépendance de l’hôtel Dessin, rue Leveux (alors rue de la Comédie). Cent ans plus tard, il était devenu trop petit et ne correspondait plus du tout aux normes. Une fois les deux villes de Calais et de St-Pierre fusionnées, il fut décidé d’en construire un nouveau sur l’emplacement d’un ancien cimetière, à la croisée des principaux axes de circulation de St-Pierre, familièrement appelé le coin des quatre boulevards. Théâtre « à l’italienne », de façade en style Louis XIV, il est inauguré en 1905 et est réputé pour son excellente acoustique. Il accueillait 1 400 spectateurs mais leur nombre fut réduit, pour raisons de sécurité, à 800 au début de ce siècle. Il a été l’un des hauts lieux de l’activité culturelle calaisienne pendant plus de cent ans, et le reste aujourd’hui.

Le Théâtre de Calais

Pas de Calais - France

Avant la Révolution fut inauguré un théâtre dans une dépendance de l’hôtel Dessin, rue Leveux (alors rue de la Comédie). Cent ans plus tard, il était devenu trop petit et ne correspondait plus du tout aux normes. Une fois les deux villes de Calais et de St-Pierre fusionnées, il fut décidé d’en construire un nouveau sur l’emplacement d’un ancien cimetière, à la croisée des principaux axes de circulation de St-Pierre, familièrement appelé le coin des quatre boulevards.

Le Théatre - Début du Siècle Le Théatre - Début du Siècle
Le Théatre de Calais Le Théatre de Calais
Le Théatre - Début du Siècle Le Théatre - Début du Siècle
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Le Fort Nieulay

Notre-Dame

et sa reconstruction

Avec la tour du Guet, l’église Notre-Dame constitue le seul vestige du passé médiéval de Calais. Sa construction s’est étalée sur plusieurs siècles. Commencée sous Philippe Auguste, largement remaniée et agrandie par les Anglais, elle est achevée sous Louis XIII, ce qui lui donne un style composite, aux influences diverses, d’autant plus que maçons et artistes flamands ont apporté leur touche à l’ouvrage. La ville comptait une autre paroisse, à l’ouest (St-Nicolas), mais son église fut détruite pour permettre la construction de la citadelle et Notre-Dame est restée depuis la seule église paroissiale en activité de Calais (Nord). Bien des têtes couronnées sont venues ici, et c’est là que le capitaine de Gaulle s’est marié. Gravement endommagée en 1944, elle aurait pu disparaître et sa restauration a pris des décennies.

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Le Bombardement de Calais

3 septembre 1939 : déclaration de guerre à l’Allemagne. Calais face à l’Angleterre peut s’attendre, comme en 14-18, à de vigoureuses offensives ennemies dans le but de paralyser le port en l’atteignant directement mais en détruisant aussi les moyens de communications : voies ferrées, canaux, routes qui le desservent. Les hostilités aériennes ne débutent pour nous que dans la nuit du 9 au 10 mai 1940. Elles se traduiront par des bombardements de plus en plus fréquents avec un maximum en fin de guerre. Nos concitoyens voient leurs maisons détruites, leur quotidien bouleversé. On vit à la cave, on déménage, on évacue forcé ou contraint ; les familles sont décimées, dispersées. A la Libération (1er octobre 1944) le bilan humain des bombardements est très lourd. (Il s’aggravera encore le 24 février 1945 suite à un bombardement par erreur avec une centaine de victimes). Plus de 500 Calaisiens ont péri durant les hostilités mais nous devons y joindre les combattants français et alliés en début de guerre, les réfugiés, les travailleurs forcés… dont le nombre ne pourra jamais être donné avec précision. A cette tragique incertitude numérique doit-on ajouter les ennemies victimes de leurs propres bombes ou de celles de nos Alliés ? Quant au bilan matériel, il est catastrophique : sur 18000 maisons 800 sont intactes, la partie nord de la ville est ravagée, les monuments sont disparus ou fortement endommagés. Notre-Dame en ruines émerge mutilée des décombres. Les usines sont pour la plupart détruites, les voies communications inutilisables, le port fortement atteint a été de plus saboté et pillé par l’ennemi… Calais est libre mais à quel prix !

Calais bombardé

Tour du guet - Eglise Notre-Dame - Habitat

3 septembre 1939 : déclaration de guerre à l’Allemagne. Calais face à l’Angleterre peut s’attendre, comme en 14-18, à de vigoureuses offensives ennemies dans le but de paralyser le port en l’atteignant directement mais en détruisant aussi les moyens de communications : voies ferrées, canaux, routes qui le desservent. Les hostilités aériennes ne débutent pour nous que dans la nuit du 9 au 10 mai 1940.

Les 'Plantagenêt'

Les 'Plantagenêt'

Si Édouard III d’Angleterre avait conquis Calais militairement, la possession de la ville et de son arrière-pays lui fut officiellement confirmée par les accords de 1360. La région avait été vidée de ses habitants et fut dès lors peuplée d’Anglais. On ne peut donc pas à proprement parler d’ « occupation ». Calais était bien « anglaise », comme Gibraltar l’est encore de nos jours. De même que les Français, avant et après eux, les Calaisiens anglais aimaient leur ville, y travaillaient et se battaient pour elle… Calais fut à cette époque un lieu de rencontres au sommet. Henry VIII y accueillit François 1er et Charles Quint. L’enclave, dénommée Pale, resta toutefois exposée aux convoitises et à l’esprit de revanche des Français, et les rois d’Angleterre furent contraints d’y entretenir une garnison permanente, la seule du royaume, qui leur coûtait les yeux de la tête, et qu’ils financèrent en partie avec les taxes sur le commerce des laines, dont ils avaient réservé l’exclusivité à Calais. Cette situation perdura plus de deux siècles, la ville n’étant reconquise par les Français que longtemps après la fin de la Guerre de Cent ans.

Les 'Plantagenêt'

Blasons et Armoiries de la Famille

Si Édouard III d’Angleterre avait conquis Calais militairement, la possession de la ville et de son arrière-pays lui fut officiellement confirmée par les accords de 1360. La région avait été vidée de ses habitants et fut dès lors peuplée d’Anglais. On ne peut donc pas à proprement parler d’ « occupation ». Calais était bien « anglaise », comme Gibraltar l’est encore de nos jours. De même que les Français, avant et après eux, les Calaisiens anglais aimaient leur ville, y travaillaient et se battaient pour elle … Calais fut à cette époque un lieu de rencontres au sommet. Henry VIII y accueillit François 1er et Charles Quint.

Les Bourgeois de Calais

Les Bourgeois de Calais

Histoire et Auguste Rodin

À la fin du XIXème siècle, la municipalité de Calais, désireuse d’honorer la mémoire des plus célèbres de ses fils, passa commande à Auguste Rodin, alors au sommet de sa réputation. Le caractère difficile de l’artiste et les réticences locales – piédestal ou pas ? – firent que dix ans s’écoulèrent avant que cette statue complexe soit dévoilée au public, devant le parc Richelieu. Elle trouva son emplacement définitif après la Seconde Guerre mondiale. Il en existe onze autres versions de par le monde, dont une à Westminster. Accueillie avec fraîcheur par les Calaisiens, qui attendaient des héros et découvraient des vaincus, l’œuvre est aujourd’hui célèbre dans le monde entier et est le monument le plus photographié de la ville

AG 2019

 ico ag doc ASSEMBLEE GENERALE 2019 - Article du Nord Littoral du 07 février 2020

Article Nord Littoral du 28 février 2020

L’assemblée générale du 28 février 2020 s’est déroulée en présence d’une quarantaine de membres adhérents-cotisants.

De manière classique, elle a débuté par le bilan moral, dressé conjointement par Magali Domain (secrétaire), Dolorès Gardy (vice-présidente), Pierre Hédoux (secrétaire-adjoint) et Gilles Peltier (vice-président).

Un point a été effectué concernant le nombre d’adhérents-cotisants pour la fin 2019 : il est de 190 personnes. Près de 100 personnes supplémentaires reçoivent gratuitement notre newsletter et sont donc sensibilisées aux manifestations culturelles organisées par les Amis du Vieux Calais.

Une rétrospective des conférences 2019 a été établie, et les conférences 2020 annoncées ; certaines seront co-organisées avec la Société Historique et Patrimoniale de Coulogne.

Un point a été fait sur nos publications 2019 (Bulletin historique et artistique n°205, bulletins de généalogie, un adhérent, Guy Lemaire, qui a fait paraître un livre sur le Circuit du Camp du Drap d’Or). La présence de membres des Amis du Vieux Calais lors du forum des associations de Calais ou du salon du livre de Saint-Martin-lès-Boulogne a été rappelée.

S’il n’y a pas eu de voyage en 2019 ni d’atelier de paléographie, faute de participants, un voyage sera de nouveau proposé en 2020.

Nous nous sommes réjouis de voir nos géants Jehan et Constance de sortie lors du baptême de leur homologue Francisco en septembre 2019.

Un coup de chapeau a été tiré à toutes les personnes, adhérentes ou non, qui ont contribué à l’enrichissement de notre bibliothèque, par des dons de livres concernant l’histoire locale ou l’histoire plus générale.

Il convenait de souligner l’activité très intense de la commission généalogie, qui a assuré en 2019 rien moins que 128 permanences (mardi, jeudi et samedi après midi) ayant attiré 980 lecteurs. La base de recherche disponible comporte 2 358 549 actes. Ne pas oublier le grand succès du 13ème forum de généalogie à la Halle, place d’Armes, organisé les 4 et 5 mai 2019 ; on pouvait y compter de nombreuses associations amies.

La photothèque continue à engranger des clichés et à les faire partager au public lors d’expositions diverses dans leurs lieux et variées dans leur contenu (« Calais, hier et aujourd’hui » salle du Minck au mois de mars 2019 ; « Calais Saint-Pierre au fil du temps, berceau de l’industrie dentellière calaisienne à la résidence Domitys au mois de septembre 2019 ; « Du théâtre à la place d’Armes, flânerie sur nos boulevards et rues d’autrefois à l’office du tourisme au mois de décembre 2019). Une grande exposition photo est prévue les 29 février et 1er mars à la Halle de la Place d’Armes ; son titre sera « Calais dans le tourbillon du temps ».

Enfin, les nombreuses améliorations de notre site internet ont été présentées. Elles concernent les modalités de recherche dans les bases de données, l’accès à davantage de bulletins historiques et artistiques numérisés pour les adhérents et surtout à des Dossiers de l’Histoire Calaisienne aujourd’hui introuvables dans le commerce, l’accès à davantage de vidéos, et l’enrichissement constant de nos différentes rubriques. Un point a été fait sur notre politique de confidentialité qui doit être conforme à la législation en vigueur, laquelle évolue sans cesse.

Le bilan moral 2019 a été approuvé à l’unanimité. Il en a été de même pour le bilan financier 2019, présenté par notre trésorier Nicolas Monsigny.

Durant une dizaine de minutes, l’une de nos adhérentes, Sylvie Dozinel, a pris la parole pour alerter le public sur la destruction imminente d’un immeuble signé par l’architecte Roger Poyé, décision allant à l’encontre d’une politique de préservation du patrimoine calaisien.

L’assemblée générale s’est close avec une causerie assurée par l’une de nos adhérentes, Marie-Christine Hamez, qui a évoqué le monde de la dentelle à Calais.

Magali Domain

 

CONFERENCE - 28 février 202 - Du tulle à la dentelle Leavers

par Marie-Christine Hamez

Article du Nord Littoral

Marie-Christine Hamez, une passionnée de l’histoire de la dentelle

Tout savoir sur la dentelle de Calais

Comme de coutume, la dernière assemblée générale des Amis du Vieux Calais s’est terminée par une « causerie », une conférence d’un format plus court qu’habituellement, dédiée à un thème relatif à l’histoire du Calaisis.

La parole a été cette fois donnée à Marie-Christine Hamez, adhérente de l’association et passionnée de tout ce qui a trait à la dentelle de Calais. Collectionneuse, elle est aussi érudite, et l’a prouvé en captivant son auditoire sur des sujets aussi pointus que… le point d’Alençon !

Marie-Christine Hamez est incollable pour ce qui concerne les techniques de fabrication de la dentelle, laquelle, avant d’être produite dans des quantités industrielles sur les métiers calaisiens, était confectionnée à la main, aux fuseaux. À cette époque, Calais n’était pas du tout concerné. Les dentellières des Flandres, du Puy, des Vosges… étaient particulièrement renommées pour la qualité de leurs productions, vendues par des colporteurs.

Leur façon d’élaborer le tulle, d’y apposer des applications, les fils qu’elles employaient… tout cela a fortement influencé les méthodes de fabrication adoptées sur les métiers Leavers, notamment lorsque ces derniers se sont retrouvés équipés de cartons Jacquard.

Ainsi le Valenciennes et ses motifs floraux sont des modèles qui ont été adaptés avec un succès phénoménal aux métiers mécaniques, au grand dam des ateliers travaillant à la main, qui voyaient la vente de leurs travaux dégringoler face à la concurrence des tissus industriels beaucoup moins chers. Pour certains même, il y avait contrefaçon : il fut donc imposé de dire « Article Valenciennes » et non dentelle Valenciennes.

Il faut dire que la dentelle a longtemps été une étoffe réservée aux plus hautes catégories sociales.

Avant la Révolution française, des lois somptuaires interdisaient aux classes populaires d’en porter.

Après la Révolution, le peuple veut montrer qu’il est l’égal de l’aristocratie et revendique l’usage des dentelles par le biais des costumes folkloriques par exemple.

La démocratisation s’accélère avec l’avènement des grands magasins, mettant à portée de main les échantillons de dentelle que l’on pouvait choisir librement, à prix fixe. Ils concernent en priorité les villes. La dentelle mécanique, largement plus abordable en termes de coût, est privilégiée dans ce cadre.

L’histoire de Calais est liée à la dentelle en raison de sa proximité géographique avec l’Angleterre, où de nombreuses inventions ont vu le jour, permettant de produire du textile toujours plus vite, toujours moins cher, tout en gardant un bon niveau qualitatif. On peut citer :

  • Le métier Warp (mis au point en 1791),
  • Le métier bobincircular de John Heatcoat (1808),
  • le métier Old Laughborough (1809),
  •  Le métier Pusher (1812).

Pour Calais – plus exactement Saint-Pierre-lès-Calais –, tout bascule lorsque trois Anglais, Robert Webster, James Clark et Richard Bonington s’y installent avec leur métier Warp.

Ils traversent la Manche vers 1816 pour fuir les mouvements sociaux dirigés contre les usines à tulle mécanique accusées de provoquer le chômage, les machines remplaçant l’homme. Il faut bien garder à l’esprit que ces pionniers ne sont pas venus fonder une entreprise fonctionnant avec des métiers Leavers, mis au point à une époque ultérieure. Au départ, ils ne font que produire des pièces de tulle d’une largeur inférieure à un mètre. Succès garanti après la période de blocus sous Napoléon, durant laquelle les importations de tulle anglais étaient extrêmement réduites.

On estime généralement que la population anglaise résidant à Saint-Pierre-lès-Calais pour travailler dans l’industrie du tulle puis de la dentelle mécanique s’élève à environ 300 individus durant la seconde partie du XIXe siècle ; certains repartent dans leur patrie au bout de quelque temps, d’autres deviennent français par naturalisation, d’autres font souche si bien que de nombreux patronymes que l’on rencontre dans la population calaisienne ont une consonance britannique. En parallèle, les travailleurs locaux sont employés massivement dans cette industrie qui fait la prospérité du Calaisis.

Concurrence et déclin, mais persistance de l’excellence

Au début l’activité a été pénalisée du fait qu’il était difficile de se procurer en France des fils retors de coton produits en Angleterre car ils étaient lourdement taxés. Le développement de la technique du Jacquard et de la machine à vapeur permet toutefois un salutaire essor de la production, et Calais, via l’entreprise Henri Hénon, peut rafler des récompenses lors des expositions universelles en raison de la splendeur de ses créations. Mais il faut toujours composer avec la concurrence anglaise puis, à partir de 1880, avec celle des métiers à broder suisses à Saint-Gall.

Pire encore : les Américains font l’acquisition auprès des Anglais de centaines de métiers « go-through » très performants, en détaxe, pour fabriquer des moustiquaires devant servir aux militaires.

Après la rupture causée par la Première Guerre mondiale, les dentelles mécaniques de Calais peinent à reconquérir le marché désormais dominé par les États-Unis. À partir de ce moment, l’industrie de la dentelle de Calais entame un long déclin. Les métiers Rachel, qui produisent de la dentelle tricotée de moins bonne qualité que la dentelle Leavers mais à un meilleur prix, finissent par supplanter cette dernière. L’utilisation du nylon joue également son rôle.

Les usines ferment les unes après les autres, mais, comme à Caudry, une tradition d’excellence perdure à Calais où la dentelle est devenue un patrimoine jalousé.

Marie-Christine Hamez, intarissable sur la question mais limitée par le temps qui lui était imparti, a renvoyé ses auditeurs à son site internet, très complet et magnifiquement illustré, où l’on peut trouver une foule d’informations sur le monde de la dentelle à Calais, mais aussi au-delà.

Rendez-vous donc sur

http://mariame62.e-monsite.com

pour le plus grand plaisir des yeux et de l’esprit !

 

La dentelle mécanique a été employée par les matelotes courguinoise pour confectionner leur « Soleil ». Cette coiffe régionale, que l’on trouve au moins jusqu’au Portel, en leur conférant une allure majestueuse, faisait leur fierté

Le saviez-vous ?

Le mot « tulle » provient directement du nom de la ville de Tulle en Corrèze qui a donné son nom au tulle Droschel à mailles hexagonales. Le réseau de tulle à mailles hexagonales était entièrement fait à la main par bandes de 8 à 18 cm de large sur 110 cm de long, qu’on réunissait par un point de raccroc.

Des costumes de poupée en dentelle

La poupée Bébé Jumeau portait des dentelles

Les dentelles produites à Calais au XIXe siècle étaient notamment destinées à vêtir les poupées, jouets devenus très courants à cette époque. Les fillettes qui les prenaient dans leurs bras étaient censées développer ainsi leur instinct maternel…

À partir de 1870, la maison Jumeau produisit ainsi une célèbre poupée dite « bébé Jumeau triste ». La tête en biscuit de cette poupée aurait été moulée d’après un portrait d’Henri IV à l’âge de 4 ans. Une version du bébé Jumeau a connu un succès international après avoir reçu une médaille d’or lors de l’Exposition universelle de Paris en 1878. La maison ses bébés habillait avec goût et originalité, des flots de dentelles ornant leurs vêtements, ce qui rendait les poupées encore plus attrayantes. La mode enfantine s’inspire bientôt du raffinement de l’habillement en dentelle des poupées ; l’article Valenciennes, en dentelle mécanique, fut ainsi beaucoup employé pour la confection de la layette. 

Magali Domain

CONFERENCE - 28 février 202 - Du tulle à la dentelle Leavers

par Marie-Christine Hamez

Compte rendu des Amis du Vieux Calais

Collectionneuse et passionnée de dentelle depuis l’enfance, Marie-Christine Hamez a été invitée, pour clore l’Assemblée générale, à rappeler les grandes étapes qui ont amené Calais à devenir, pour un temps, un centre majeur de la production dentellière.

Avant le XIXe siècle

Si la fabrication de dentelle est ancienne, au début du XIXe siècle elle n’est guère présente à Calais.

La dentelle est alors principalement fabriquée de manière artisanale, à l’aiguille ou aux fuseaux, par les populations rurales, comme beaucoup d’autres activités à cette époque de proto-industrie, avant d’être revendue dans les villes par colportage. Quelques villes, comme Alençon, commencent à développer un système demanufactures.

Certaines régions sont déjà réputées pour la qualité de leurs fabrications et donneront leur nom, ou ceux de leur ville principale, aux procédés de fabrication ou aux motifs qui les caractérise, comme par exemple Valenciennes et ses motifs floraux.

L’Angleterre, déjà, est dans une position particulière vis-à-vis de ce commerce. Un trafic important se développe vers la France et la Belgique où  l’on  pratique  « l’application d’Angleterre », à savoir l’application de motifs cousus à la main sur le tulle anglais qui sera ensuite exporté vers l’Amérique. Les délocalisations pour raisons économiques sont déjàlà…

La période de la Révolution et de l’Empire, puis le développement des métiers mécaniques vont alors amener Calais dans cette histoire.

L’implantation de l’industrie dentellière à Calais

D’abord production réservée aux classes sociales aristocratiques, la dentelle va se démocratiser à partir de la Révolution, d’abord par une volonté d’affirmation des classes populaires, mais aussi avec le développement des costumes régionaux. Plusieurs productions vont s’affirmer, comme la dentelle de Bayeux en Normandie.

Sous l’Empire, le blocus continental et la volonté générale de concurrencer le tulle anglais poussent le gouvernement à soutenir les productions des manufactures d’Alençon et de Bruxelles.

C’est cependant après 1815 et le retour à la paix en Europe que les histoires de la dentelle et de Calais se croisent. Le développement des métiers mécaniques, notamment en Angleterre, est alors loin de faire l’unanimité.

D’abord par leur tendance à adapter les motifs artisanaux, qui débouche sur des accusations de contrefaçon, mais aussi par la crainte de voir – déjà ! - la mécanisation être une cause de chômage.

Face au durcissement des législations en Angleterre, Robert Webster, James Clark et Richard Bonington vont s’installer à St-Pierre-lès-Calais à partir de 1816 et y amener un métier mécanique Warp. Si les débuts sont timides, c’est le début officiel de l’industrie dentellière calaisienne. Une diaspora anglaise va commencer à s’installer, permettant le développement de l’activité et en même temps l’expansion urbaine de St-Pierre.

À partir de 1844, le système Jacquard adapté aux métiers et la machine à vapeur vont permettre d’accroître la production en dépit des concurrences étrangères persistantes. La main d’œuvre se


spécialise et, surtout, commence à développer un savoir-faire qui va permettre aux dentelliers de reproduire sur leurs métiers Leavers des fonds de plus en plus proches de ceux obtenus par la production artisanale, notamment par l’utilisation ingénieuse des barres indépendantes.

Développement et déclin

Au cours de la 2e moitié du XIXe siècle, l’industrie dentellière calaisienne commence à prospérer avec l’accroissement considérable de la demande. Il y a d’abord le développement des grands magasins, qui se doivent d’être régulièrement fournis en textiles. Il y aura également la création d’une mode enfantine qui fait la part belle aux éléments en dentelle, notamment les poupées comme le Bébé Jumeau.

Le tout est encouragé par les expositions universelles, qui mettent en valeur l’industrie dès celle de Londres en 1851 où est exposé un métier àdentelle.

Si Calais et St-Pierre, bientôt réunies, bénéficient de cet âge d’or de l’activité, les problèmes commencent cependant à poindre. Dès 1870, la concurrence des broderies suisses de St-Gall grandit. Début XXe, la taxation des dentelles françaises aux États-Unis porte également un coup sévère, d’autant plus que des métiers commencent à être rachetés par les Américains.

Après la Première Guerre mondiale, la reconquête des marchés est compliquée par la concurrence américaine de plus en plus forte. La crise de 1929 et les politiques protectionnistes frappent durement l’industrie calaisienne : de nombreux métiers sont détruits et le nombre de fabricants commence à décliner sérieusement. Il ne retrouvera jamais son niveau d’avant guerre.

À partir des années 60, si le savoir-faire calaisien demeure réputé et bénéficie de la publicité de certaines personnalités comme Jacky Kennedy, le déclin inexorable est entamé. Quelques  décisions a priori anecdotiques, comme l’autorisation faite aux femmes d’assister aux messes la tête découverte lors du concile Vatican II, participent à une lente érosion des ventes, mais c’est surtout une concurrence étrangère devenue irrésistible qui porte le coup de grâce à partir des années 70 jusqu’à nos jours.

Si l’essentiel de l’industrie dentellière calaisienne appartient désormais au passé, c’est cependant un passé encore bien vivant qui est entretenu par Marie-Christine Hamez, qui nous propose de le retrouver sur son site internet « La dentelle, de Venise à Calais » à l’adresse http://mariame62.e-monsite.com

 

Philippe Mercier

Amis du Vieux Calais

LES AMIS DU VIEUX CALAIS
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